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Dead photography  est un travail débuté en 2010, qui explore les limites du médium photographique. L’usage panoramique de l’appareil est ici détourné, dans des conditions de faible luminosité, afin de déstructurer le réel, le ’’ laméliser’’ , lui  ôter toute trace tangible et reconnaissable et lui donner des formes propres.

Ce  travail  prolonge le travail de démolition de l’image déjà entrepris sur ’’ simulacre’’ ou sur “ textures “  (2004-2009) et témoigne d’une volonté de l’auteur d’utiliser l’abstraction photographique comme un support à l’expression, et de questionner les limites du médium et ses frontières. Les images sont des espaces découpés, en très grand format, non retouchées a posteriori, tout le travail est fait en amont (comme dans une démarche argentique), elles ont été prises d’abord à Berlin, Strasbourg et Barcelone, et poursuivies à Bilbao, Madrid et Budapest. Ces villes sont  elles -mêmes des symboles de mutation, et sont résolument urbaines. L’artiste doit donc  imaginer le  ’’décor’’ qui n’existe que dans son imaginaire et tenter de le retranscrire en jouant avec les lumières, les formes, et les couleurs lors de cette déstructuration. Ces compositions, devenant ainsi quasi organiques, questionnent donc les limites de la technique photographique, dans le rapport réinterprété au réel, la photographie n’existe pas en temps que telle, ni dans le regard du photographe, mais bien en tant que support plastique à la création. Le bug numérique est donc détourné pour devenir le support de la construction. Le rapport à la ville n’est pas non plus anodin, fait  d’espaces coupés, il prend également des accents expressionnistes, dans le rapport à la lumière, composée comme dans des scènes de Fritz Lang, voire constructivistes. Le choix de Barcelone et le Berlin n’est donc pas lié au hasard, ces villes s’inscrivant dans ces questionnements. Les lieux des prises de vues ont été sélectionnés davantage pour leur aptitude à recomposer la lumière que pour leur nature même, intérieurs et extérieurs, parking et structures d’architectures, rues ou couloirs d’hôtel, peu importe finalement puisqu’ils ne sont pas le sujet.  Le format choisi, doit faire éclater ces espaces créés, en leur donnant la dimension nécessaire pour en faire un objet en tant que tel. Chaque ville va apporter ses propres lumières et spécificités, ses touches, tout en s'inscrivant dans une démarche globale cohérente. Le résultat intrigue par les traces qu’il dévoile, les reflets de lumière composant les images étant la seule origine reconnaissable. Nous nous trouvons devant un objet abstrait, proche de la peinture, avec des compositions qui éliminent systématiquement la profondeur de champ, registre photographique par excellence, et questionnent également sur la chromie et la lumière qui la révèle, un peu comme dans le travail de P.Soulages . Une recherche assez peu fréquente dans le travail photographique habituel.

La photographie  ’’classique’’ est également ’’tuée’’  dans la manière de présenter le travail ;  les photographies seront montrées sur plusieurs écrans, les images défilant suivant un rythme et une scénographie travaillés, ce qui permet de dynamiser la narration.

Dead photography est donc également un questionnement sur la matérialisation de notre époque, et sur l’art en particulier, faut il se retrouver face à l’œuvre en ’’réel’’ pour l’admirer ?

Va t’on vers des collections de muséographies virtuelles ou dématérialisées ?

Ce travail s’inscrivant aussi dans une dimension sociétale.

 

 

Benjamin Kiffel 

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vendredi-samedi-dimanche  16h-19h 

 


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