urbex photographies vincent meier

L’urbex est un genre photographique, avec ses codes, sa culture spécifique.
Il s’agit de visiter des lieux interdits ou peu accessibles, abandonnés et d’apporter un témoignage de ces sites en décomposition, de leur laisser une trace.
On va trouver des usines désaffectées mais également des sous terrains, des catacombes, des villas, des hôpitaux... Les codes y sont particuliers, puisque l’activité est à la frontière de la légalité (à qui demander une autorisation pour un lieu qui n’a plus de propriétaire ?), se pratique souvent en groupe, en respectant le lieu, afin de ne pas le dégrader davantage.
Les visites se font donc clandestinement, discrètement, et font l’objet d’un repérage particulier ; l’organisation de l’équipée devant également protéger des dangers encourus, ainsi que par souci de clandestinité. Les protagonistes ne communiquent (en général) pas les lieux de leurs images, et s’échangent les bons « plans ».
Cette culture underground prend donc des airs interlopes, où des personnes différentes se croisent, avec à la clé souvent des anecdotes et des rencontres improbables. Le protocole de l’exploration est donc au moins aussi important et intense que l’acte photographique en lui même, qui du coup ne recèle pas forcément de discours plastique (au sens intellectuel du terme), ni de revendication artistique à proprement parler. L’on se trouve donc ici en marge, un peu comme dans le milieu des tagueurs ou des grapheurs. Il faut voir ces images comme un témoignage, aux accents documentaires, mais également une démarche d’archéologue, de sociologue, le tout avec un aspect ludique, agrémenté d’un peu d’excitation de se trouver dans des lieux inhabituels et interdits.
Les images de Vincent Meier sont prises en mode HDR, qui va accentuer les contrastes existants. Les compositions sont finement travaillées. L’on joue avec la profondeur des lieux, des couleurs, avec la lumière. Elles passent d’obliques à frontales, s’arrêtent sur un détail, un objet, suggèrent le chaos. Il en résulte un univers onirique, ludique, mélancolique, qui nous laisse imaginer la splendeur de ces lieux et des activités attenantes. L’auteur nous offre, par son regard pertinent, une plongée nostalgique, dans un monde en train de se perdre, rendu obsolescent par la logique économique, un monde où le travail se lit en filigrane, en crise, mais aussi un monde qui en perdant ses bâtisses nobles, ses cliniques, ses prisons, s’inscrit dans un nouveau cycle de modernité. On devine également que ces espaces ne sont pas inhabités et se vivent maintenant à la marge, de façon souterraine, en attendant leur destruction.
Cela questionne également sur la violence de ce processus qui relègue, disqualifie, des bâtiments laissés à l’abandon, mais aussi des populations, des emplois, des quartiers... toute une époque... toute une vie sociale. Des lieux pas si hospitaliers donc, qui prennent néanmoins dans le regard de Vincent Meier, dont c’est la première exposition personnelle, une posture également poétique, celle de la fuite du temps, et une dimension plus empathique, celle de leur offrir un dernier hommage, dans un entre deux émouvant, il nous donne à voir un magnifique tango urbain...

b.Kiffel

L’exposition est visible du 4/11/2015 au 28/11/2015 du mercredi au samedi 16h30-19h. Galerie la pierre large 25 rue des veaux Strasbourg.

https://www.facebook.com/Galerie-la-pierre-large-125816154250901/

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